La réputation militaire du temple date du début de la dynastie Tang (618 - 907). D'après des documents, des moines combattants shaolin auraient sauvé la vie du futur empereur Taizong (Li Shimin 李世民) et l'auraient assisté dans sa lutte contre les forces rebelles. Une fois devenu empereur, ce dernier montra sa reconnaissance en agrandissant le complexe monastique et en autorisant certains moines à poursuivre leur formation militaire. Le kung fu shaolin atteint son apogée sous la dynastie Ming (1368 -1644), quand plusieurs centaines de moines shaolin reçurent un statut militaire et dirigèrent des campagnes contre des rebelles et des bandits japonais. À cette époque, ils avaient développé leur propre style d'arts martiaux, le shaolin quan (少林拳).
Le temple originel fut pillé, détruit et reconstruit plusieurs fois. Les Mandchous le détruisirent en 1647 et massacrèrent presque tous les moines. Il ne sera pas rebâti avant 1800. Un incendie allumé en 1928 par le Seigneur de guerre Shi Yousan détruisit beaucoup de précieux manuscrits de la bibliothèque du temple.
En 1972, lors de sa visite en Chine, le Président américain Richard Nixon en compagnie de son conseiller Robert W. Smith, insista pour visiter le monastère. Les officiels chinois qui n'avaient jamais entendu parler de ce Shaolin tentèrent de le dissuader, mais Richard Nixon resta inflexible. Pour atteindre le monastère oublié, il fallut dégager une route au bulldozer et « dynamiter » les lourdes portes qui refusaient de s'ouvrir.
Le temple fut restauré dans les années 1970 par des fonds japonais du maître So Doshin, fondateur de la puissante école Shorinji Kempo. Ce n'est qu'en 1981 qu'il fut officiellement ré-ouvert. Les officiels chinois assistèrent alors à une démonstration de Kung Fu Shaolin exécuté par des pratiquants japonais d?arts martiaux. En quelques années, un style Shaolin sera reconstitué à partir d'illustrations, d'exercices de gymnastique, et de Kung Fu sportif (Sanda). C'est dans les années 1980 que le Kung Fu a commencé à connaître un succès planétaire grâce à des démonstrations spectaculaires et à des numéros bien rodés.
De nos jours, une centaine de moines vivent dans ce monastère, dont 80 moines contemplatifs et 30 moines combattants, ce qui est bien peu par rapport aux 1500 moines qui y vivaient à l'apogée du temple. En outre, plus de 1200 adeptes de tous âges, désireux d'acquérir un enseignement spirituel et physique, sont initiés par des maîtres aux secrets du combat et à la religion bouddhiste et taoïste. Bien sûr, tous ne deviendront pas moines, mais le diplôme chinois d'Arts Martiaux qui sanctionne leur enseignement leur permet de professer à leur tour dans les académies chinoises de kung-fu, de devenir garde du corps ou encore membre d'une troupe de parade. Ils deviennent l'élite du pays et toutes les portes s'ouvrent devant les jeunes diplômés.
Le Temple de Shaolin, lieu magique et mystérieux, est visité par plus de 2 millions de touristes par an qui génère autour de ce monastère une industrie du souvenir prospère. On peut y admirer les fresques retraçant l'histoire mouvementée du temple ainsi que la Forêt aux Pagodes où les élèves dressaient des monuments en la mémoire de leurs défunts maîtres.
S'il reste encore des zones d'ombre dans l'histoire de Shaolin, les spécialistes et auteurs modernes s'accordent tous sur un point : c'est bien là que s'est développé un système de combat complexe et singulier qui restera pendant des siècles la référence de la plupart des écoles d'arts martiaux asiatiques. Plusieurs temples Shaolin ont vu le jour à travers la Chine au cours des siècles, notamment un temple renommé (et mystérieux) dans la province du Fujian. A présent, en Chine ainsi que dans le reste du monde, des milliers de temples sans relation avec Shaolin prétendent enseigner son style.
Par Anne-Laure
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